Les virus se propagent car nous détruisons l’habitat des animaux sauvages. La tribune des Echos, signée par Inès Leonarduzzi, est claire: « Le pangolin n’y est pour rien ». C’est l’action de l’homme - et indirectement le capitalisme, qui a créé cette crise sanitaire, sans précédent dans sa gestion et son impact économique.

Le foyer, un nouvel espace refuge

Cette crise sanitaire a enfermé une bonne partie de la planète - femmes, hommes et enfants sans distinction d’âges, d’origines ou de revenus, dans un même espace sacré : le foyer. Les rôles de chacun, autrefois distribués en partie selon les activités extérieures (profession, école, loisirs, etc), sont redéfinis par un confinement dans la durée, sous un même toit.

#Restezchezvous a limité en moins de 48h notre liberté de mouvement à un seul et unique espace. Notre foyer est devenu l'uniquel lieu de nos vies sociale, familiale, amicale et professionnelle durant plus de 8 semaines. La table de la salle à manger est devenue, tantôt le lieu de télétravail des adultes, la table d’écolier des enfants, l’espace de créativité, la table des repas, la table de jeu… En Feng Shui, chaque espace a une seule fonction. L’équilibre Yin et Yang de chaque pièce doit être respecté pour préserver l’harmonie.  La chambre, espace Yin pour assurer un bon repos, est souvent devenu l'espace de travail, espace Yang. Ce confinement a bouleversé la codification des différents espaces et leur équilibre.

Assistera-t-on à une redéfinition des espaces?

Les rôles et responsabilités ont aussi été bouleversés au sein du foyer. Pour toutes les femmes, de nouveaux rôles - pour certains assurés par une aide extérieure - sont venus se greffer à la longue liste des rôles endossés à la maison: enseignante, femme de ménage, garde d'enfants, cuisinière, intendante, animatrice… Le confinement a également chamboulé la temporalité de nos activités. Il a mis fin à la journée de travail classique au bureau avec les collègues, à la longue journée d’école, aux récréations avec les copains et aux repas pris à la cantine pour tous. Il a fallu réinventer son quotidien, son rôle et sa place au sein de la famille et du foyer.

Une longue série de questions autour du « Qui va? » s’est imposée dans tous les foyers et est venue chambouler une organisation si bien rodée où un semblant d’harmonie régnait et une répartition des tâches semblait équilibrée. Qui va endosser le rôle de la femme de ménage? Qui va préparer les 4 repas par jour? Comment organiser sa journée de travail avec les enfants à la maison? Qui va s'occuper de faire la classe à distance avec les enfants, quand ils ne sont pas autonomes? Qui va superviser les activités créatives des enfants? Qui va faire la nounou? Qui va s’improviser professeur de yoga et de gymnastique pour que les enfants puissent bouger en confinement? Qui va faire les courses? Qui va travailler? Qui? Qui? Qui?

On doit alors se passer des services de tous les acteurs extérieurs, services qui ne peuvent être rendus que dans la sphère du monde réel et pas par télétravail : enseignement, cantine, aide ménagère, nounou, restaurants, centre de loisirs, accès à la nature,... Tous ces rôles, ces services, sont d'ailleurs, principalement déjà endossés dans la société par des femmes. 97% des nounous et 99% des assistantes maternelles sont des femmes. Et comme une évidence, la working mum à la maison a également endossé cette responsabilité, - comme si ses capacités, son temps et sa charge étaient infinis.

Avant le confinement, comme l’indique l’étude DARES (2017), la femme dans un couple qui travaillait, avait toujours la plus grande part dans la garde des enfants.

Extrait France Inter

Pendant le confinement, la situation s'est aggravée: les femmes doivent jongler entre travail et vie de famille en y rajoutant la classe à la maison, la gestion des 4 repas par jour, le ménage, l’intendance du foyer, les bains et les activités sportives culturelles et musicales des enfants. Les femmes sont contraintes de réinvestir l’espace du foyer, et toutes les responsabilités qui en découlent leur incombent comme si naturellement cet espace leur avait toujours appartenu. Cet héritage auquel elles ont tenté d’échapper, pendant des décennies, les rattrape et leur est légué contre leur gré.

Le confinement aurait pu jouer l'effet de catalyseur pour faire prendre conscience de la charge domestique du foyer. Cependant les première études publiées montrent clairement qu'aucune prise de conscience n'a eu lieu.

Extrait New York Times

Un retour aux années 50!

Avec le Covid-19, les femmes sont revenues bien malgré elles à la vie domestique et ont dû faire face aux obligations familiales et professionnelles sans aucune échappatoire possible poussant à toujours plus de productivité pour réussir ce tour d’équilibre. Les inégalités femmes hommes se sont exacerbées. Cette transformation a un prix: la sensation étouffante de ne plus avoir une minute à soi.

La philosophe féministe Camille Froidevaux-Metterie nous alerte sur le total épuisement des femmes et nous invite à la mobilisation féministe en sortie de crise sous forme d'"agenda féministe".

Les working mums ont aussi assumé la surcharge de travail liée à l’enseignement à distance. Elles se sont improvisées spécialistes dans chacune des matières et professeure de yoga confirmée afin de préserver la santé mentale de leurs enfants, en vue de leur retour à l’école. Elles ont également dû remettre en cause de nombreux principes éducatifs, comme les temps d'écran. Les enseignants les ont à beaucoup alertées sur la nocivité des temps d'écran et en même temps les ont inondés de liens vers du contenu digital. Comment gérer la charge mentale associée et ce double sentiment de culpabillité; surtout si ces working mums ont déjà eu recours à un jeu ou dessin animé, pour assister "sereinement" à une réunion de travail importante?

#unavantetunapeuprès par l'illustratrice Lucile Gomez

Par ailleurs, la carrière de femmes a énormément soufferts de ce confinement, car elles ont souvent mis entre parenthèses ou ralenti leur activité pour pouvoir s’occuper des enfants. Certaines ont pris conscience de la difficulté de tenir ce rôle de mère au foyer car elles n’avaient jamais mis en pause leur vie professionnelle et passé H24 à domicile avec les enfants. Mère au foyer est un travail à part entière et difficilement conciliable avec un travail à temps plein à l’extérieur du foyer.

Au secours, bonjour ! Marina Foïs a besoin d'aide

Marina Foïs a un petit souci… il mesure environ 1m30. 🤭 « Au Secours Bonjour », 5 minutes de détente quotidienne avec des personnalités confinées sur france.tv ➡️ bit.ly/AuScoursBjrftv

Posted by france.tv on Wednesday, 6 May 2020
Episode de la mini série de confinement "Au secours, bonjour!" sur France Télévision

Ce travail invisible du "soin" (ou "care") n'a que peu de valeur de marché pour la société. Il est fourni par - devinez qui, des femmes sous-payées principalement, les nounous, les aides ménagères, les professionnelles de la petite enfance, les institutrices, les aides aux devoirs, les baby-sitters…

Réinventer le modèle pour atteindre l'égalité

Comme une lueur d'espoir, certaines femmes, en nombre très faibles, ont réussi le pari d’inverser la tendance et dédier la plus grande partie de leur temps à leur carrière pendant que papa s’occupe à plein temps des enfants. Voilà la belle expérience partagée par Erin Zimmerman, biologiste et rédactrice scientifique indépendante. Cela ne se fait jamais sans passer par la contrainte, pas celle imposée par la femme, mais par le marché: la perte d’emploi de son conjoint.

Peut-on enfin imaginer que l’on ne soit pas obligé de passer par une crise pour que ce changement de paradigme ait lieu? Et que le choix de la femme ne se fasse par défaut? Amandine Hancewicz, féministe et consultante sur l’égalite femmes-hommes nous donne quelques pistes de réflexion pour arriver à une répartition égalitaire des tâches à la maison. Les femmes doivent d'abord être consciente de leur insatisfaction et leur situation. Elles doivent, intellectuellement et émotionnellement, accepter ce ressenti. Elles doivent être capables de l'exprimer au sein du couple et pour cela, l'autre doit avoir une grande capacité d'écoute et de compréhension. Le conjoint doit aussi être capable de remettre en question le modèle éducatif qu'il a reçu, et se rendre compte de sa position privilégiée, "même si la société normalise ses privilèges".

Il faudrait aussi que les hommes aient des modèles d’hommes prenant en charge leur part du travail domestique et familial. Il faudrait en quelques sortes assister à une réinvention du genre et laisser naître un nouveau masculin comme le suggère Serge Hefez (psychiatre et psychanalyste).

Et si cela passait aussi par la redéfinition et l’attribution des espaces ? Qui appartient au foyer ? Qui est assigné à l’extérieur ? Cette redistribution des rôles dans les différents espaces est intrinsèquement liée à la valeur marchande attachée aux activités qui ont lieu au sein de chaque espace. Qui choisirait une activité non rémunérée, sans reconnaissance sociale, cachée derrière les murs de la maison ? Tant que l’assignation des rôles et des espaces ne changera pas, et que le soin n’aura pas de prix à la hauteur de sa vraie valeur, il n'y aura pas d'égalité.

Photo de couverture: Engin Akyurt