La maternité est une de ces expériences extra-ordinaires qui nous fait -pour certain.e.s - nous connecter à la nature qui est en nous. La société oppose souvent l'homme en tant qu'humain à la nature en oubliant qu'il.elle est la nature. Nous lui appartenons. Elle est en nous. Se connecter à la nature en soi c'est être à l'écoute de son corps, son coeur et son esprit. La maternité n'est pas seulement une transformation physique du corps, elle s'accompagne aussi d'une transformation psychique. La maternité se matérialise physiquement dans le corps de la femme mais elle est l'affaire émotionnelle et morale des deux personnes qui constituent le couple de futurs parents.

Il conviendrait de se poser une première question: d'où vient ce désir de maternité? Nait-il chez la femme, et l'homme, le subirait-il? Nait-il chez l'homme d'abord, et la femme, devrait-elle s'y soumettre? Et dans les couples homosexuels, lequel des deux a la primeur du désir? Ou, n'est-ce pas plutôt ensemble que le couple décide de faire un enfant?

Désir (ou non désir) de maternité, c'est masculin ou féminin?

L'idée que ce sont les femmes qui veulent des enfants et que les hommes -s'ils sont prêts- ne font qu'adhérer au projet, est largement relayée. Et pourtant, pour bon nombre de nos contemporaines, c'est souvent le conjoint qui a souhaité avoir un enfant avant que le désir naisse chez elles. Et oui, les hommes aussi peuvent avoir des désirs de parentalité. Souvent les femmes dont le partenaire souhaite, avant elles, avoir un enfant, sont considérées comme chanceuses par leurs ami.e.s, comme si elles avaient trouvé la perle rare. Ce désir masculin est-il en effet l'exception, ou bien n'a-t-il tout simplement pas de lieu d'expression? En effet, dans notre société contemporaine, depuis 50 ans, les hommes sont certes acceptés dans les salles d'acouchement, mais n'ont toujours pas d'espace d'expression libre pour parler de leur désir de paternité et de la manière dont ils envisagent la grossesse de leur compagne. Cela relève à la fois d'un tabou social très ancien - la grossesse et la maternité, ce n'est pas une affaire d'hommes, et d'un mouvement féministe plus récent - mon corps mon choix!

Ventre de femme vu dans un miroir
Photo by Юлія Вівчарик

Le désir des femmes est également contraint par diverses injonctions. Elles remettent quelques fois ce projet à plus tard car elles savent qu'elles vont assumer la charge maternelle associée, et qu'elles vont se confronter au plafond de verre dans leur vie professionnelle. Il arrive aussi, que des femmes ne souhaitent pas avoir d'enfant. Ce choix est souvent incompris et elles doivent se justifier sur leur non désir de maternité. En France, on estime le taux d'infécondité féminin à 15%, ce qui est bien en dessous de ceux de nos voisins européens comme le Royaume-Uni, la Suisse ou bien encore l'Allemagne. Ces femmes veulent simplement disposer de leurs corps et être libres de leur choix. Avoir un utérus ne signifie pas forcément que l'on doit absolument mettre au monde des enfants. La féminité ne se résume pas à la maternité. Les femmes doivent être libres de faire ce que bon leur semble de leur corps et non pas subir ce que leur inflige la société. L'écoféminisme, qui repose sur la notion de réappropriation du corps, propose de nombreuses pistes de réflexion et d'action sur le sujet.

La grossesse, une affaire de femmes

Le saviez-vous? Une femme sur quatre fait une fausse couche précoce (moins de 14 semaines d'aménorrhée). Et pourtant, encore en France, le sujet est tabou. Aucune femme n'en parle comme si c'était honteux, et qu'il fallait le cacher, même dans le cercle familial ou amical proche. La fausse couche est vécue comme un échec, socialement, à devenir parent. Elle nourrit un sentiment de culpabilité de ne pas avoir réussi à garder la vie en soi.  Les réactions, les émotions et les sensations doivent pouvoir être dites pour la femme et l'homme en deuil. En parler, même dans le cas d'une fausse couche précoce, permet de libérer la parole et de désacraliser la maternité. Faire une fausse couche signifie aussi qu'il y a compatibilité avec le/la conjoint.e et que la grossesse est possible. Faites confiance à votre corps, il a certainement une bonne raison d'éjecter cet embryon là .

Dessin d'utérus et du foetus pour expliquer une fausse couche
Infographie Le Figaro Santé

Lorsque tout se passe sans embûche, commence alors, la longue bataille pour partager la grossesse avec son/sa conjoint.e. La société considère la grossesse comme une affaire de femmes, comme en témoignent de nombreux livres consacrés à la grossesse. Son état physique la rend fragile. Le/la conjoint.e a souvent un rôle passif, assigné par le corps médical ou bien la littérature sur la maternité: il est principalement là pour soulager, aider à porter la valise à la maternité ou monter le lit de bébé. Il chemine tout au long des neuf mois à côté de la sacro-sainte future mère, déesse vivante qui porte l'enfant. Il est invité à assister passivement à ce grand bouleversement, sans que nul ne l'intègre à tout ce processus dont il est aussi indirectement l'acteur principal, et il va pourtant devenir parent de ce bébé. La future mère doit souvent l'inciter et l'encourager à prendre un rôle actif, comme s'il était nécessaire qu'elle l'intéresse au sujet. La grossesse, si elle n'est pas questionnée, participe grandement à l'inégalité sociale des genres. La question est largement ignorée en France où l'on oscille entre une approche patriarcale traditionnelle et une posture féministe anti-essentialiste qui évite d'aborder cet épineux sujet.

La grossesse, un ticket pour deux, s'il-vous plait!

Or, intégrer le partenaire dans ce processus pour vivre cette période à deux est possible. Par exemple, l'haptonomie se pratique trés tôt dans la grossesse et permet au couple d'entrer en connexion avec le foetus via des caresses et des massages du ventre maternel. La rencontre a lieu entre la future mère, le futur père, et le bébé. Ils vont pouvoir communiquer, créer un lien d'amour et de confiance trés fort. Cette technique permet aux deux parents d'être présents tout au long de la grossesse et de créer une connexion forte à trois. L'accompagnement est progressif et permet au compagnon.e d'apprendre aussi des gestes qui vont soulager et donner du confort à sa conjointe tout au long des neuf mois. Cette technique donne aussi des clés pour un accouchement physiologique en harmonie avec le rythme biologique de l'accouchement. La maternité ne devrait pas simplement être féminine, tout comme elle ne devrait pas être laissée entre les seules mains des institutions et du corps médical - sauf dans les cas de grossesses à risques ou présentant des complications.

Le couple a, à sa disposition, plusieurs voies d'autonomie pour vivre ce passage comme une expérience riche et transformatrice à deux. Ecouter son corps et ses besoins, s'instruire, dialoguer, s'ouvrir à ce changement, se faire confiance, rédiger son projet de naissance avec son conjoint.e, se libérer de la surmédicalisation de l'accouchement (quand la grossesse se passe bien, soyons d'accord) en se faisant suivre par une sage-femme par exemple, se connecter à sa force intérieure, s'affranchir du conditionnement socio-culturel concernant la douleur, choisir en conscience son accouchement, se connecter à son intelligence intuitive... Ce sont autant d'outils à la disposition des femmes pour vivre une grossesse libre et en harmonie. La femme n'a pas de raison de porter seule la charge de cet enfant à venir, même si le dispositif de suivi médical tend à lui faire croire tout le contraire, et en abuse, dans un souci de rentabilité et de productivité hospitalière. Chaque grossesse - et chaque femme, sont uniques, alors mettons fin à la standardisation du suivi de grossesse et de l'accouchement, pour enfin, permettre aux femmes de rester maîtresses de leurs corps.

Femme enceinte partant dans la forêt
Photo by Michael Anfang

Nul besoin de se cacher pour mettre au monde son bébé. Accordez-vous le temps de la grossesse pour vous préparer au travail, pour faire de ce passage, un moment unique et le vivre en symbiose avec votre corps, votre coeur, votre énergie, votre bébé et votre conjoint.e. Devenir actrice de son accouchement? C'est aussi possible et ce fera l'objet de l'un de nos prochains billets.

Photo de couverture Jonathan Borba